Le 12/04/2025
Le Mésolithique (pierre du milieu) correspond à la période de quelques milliers d’années entre la fin du Paléolithique (pierre ancienne) et le Néolithique (pierre nouvelle). Il débute à la fin de la dernière période glaciaire et donc au début du réchauffement de l’Holocène, il y a 12 000 ans, et se termine, en Europe continentale, avec l’arrivée des agriculteurs venus d’Anatolie dont les deux courants se rejoignent à l’Ouest du continent il y a environ 7 000 ans. Les chasseurs-cueilleurs mésolithiques présents sur tout le continent vont disparaitre à l’arrivée de ces nouvelles populations. Les mésolithiques ne vont contribuer que d’une façon minoritaire au patrimoine génétique des populations néolithiques européennes, leur héritage est toutefois toujours présent chez nos contemporains. Malgré quelques sites emblématiques et fascinants comme ceux de Teviec et d’Hoedic (NéO#24), deux îles du sud de la Bretagne anciennement reliées au continent, ces populations mésolithiques restent moins bien connues que les néolithiques et leur disparition interroge sur les modalités de leurs interactions avec les tenants de ce nouveau mode de vie.
Deux articles récents nous en apprennent un peu plus sur ces derniers chasseurs-cueilleurs (et pêcheurs) d’Europe.
Le premier publié dans la prestigieuse revue nature révèle la présence de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs à Malte plus de 1 000 ans avant l’arrivée des néolithiques qu’on a longtemps pensé avoir été les premiers occupants de cette île. Les fouilles réalisées sur le site de Latnija (voir illustration) ont mis à jour une occupation humaine sur plusieurs centaines d’années caractérisée par l’exploitation d’espèces animales terrestres, principalement le cerf elafe, mais aussi d’espèces marines, dont le phoque et de très nombreux gastéropodes. Là aussi l’occupation de ce site prend fin aux alentours de 5 500 av JC ans alors que les premières populations néolithiques s’installent sur l’île entre 100 et 400 ans plus tard. Il semble donc bien qu’à Malte, comme ailleurs, la disparition des chasseurs-cueilleurs coïncide avec l’arrivée des agriculteurs (NéO #24).
Ces données indiquent ainsi que les mésolithiques étaient sur Malte il y a au moins 8 500 ans. Si Malte était vraiment vierge de présence humaine avant cette date, cela veut dire que les mésolithiques y sont arrivés par voie maritime car, à cette époque, le réchauffement brutal du climat et la montée du niveau des mers avaient déjà coupé le lien terrestre qui la reliait à la Sicile. Il faut donc imaginer qu’ils étaient des marins aguerris, capables de construire et de manœuvrer des embarcations sur plusieurs dizaines de kilomètres, en pleine mer, et dans ce cas précis sur les 85 km qui séparent Malte de la Sicile, voire plus, si ces premiers maltais étaient partis des côtes de l’actuelle Tunisie (voir illustration). Ce n’est pas un exploit en soit, les ancêtres des aborigènes d’Australie ont réalisé la traversée pour rejoindre Sahul plus de 50 000 ans plus tôt, mais cela suggère une grande mobilité de certains de ces groupes mésolithiques le long du littoral et au-delà.
La seconde étude n’est encore qu’un preprint posté sur le site bioRxiv qui n’a donc pas encore été validé par le processus de review dans un journal scientifique mais elle est pilotée par David Reich à qui nous devons des travaux majeurs sur les populations du Néolithique et de l’âge du bronze ainsi qu’un livre passionnant que je vous recommande (Comment sommes-nous devenus ce que nous sommes).
Dans cette étude, les auteurs se sont intéressés aux différentes populations ayant occupé le nord de l’Europe centrale qui correspond aujourd’hui à la Belgique, aux Pays Bas et au nord de l’Allemagne, sur une période allant de 8 500 à 1 500 ans av JC, d’avant l’arrivée des néolithiques anatoliens à l’extension de la culture cordée venant des steppes pontiques (NéO#15). Cette région est intéressante pour sa richesse en sites archéologiques et sa séparation en deux zones géologiques distinctes avec, au sud, des plaines de loess fertiles, où les néolithiques se sont rapidement installés, et, au nord, des zones humides comprenant le littoral de la mer du nord et les rives et estuaires de la Meuse, du Rhin et d’autres fleuves, où des populations mésolithiques ont subsisté. Leur mode de vie fondé sur la pêche, la chasse et la cueillette était adapté à ces environnements qui n’étaient, en revanche, pas appropriés à l’agriculture et à l’élevage tel que les premiers néolithiques les pratiquaient en arrivant.
Il y a beaucoup de nouvelles informations dans cet article concernant la dynamique des populations locales sur cette longue période, mais les plus intéressantes pour cette chronique sont celles concernant les chasseurs-cueilleurs mésolithiques. En effet, les analyses génétiques réalisées sur des individus ayant occupé ces zones humides ont révélé la persistance d’un patrimoine génétique mésolithique bien plus tardif, d’à peu près 3 000 ans, et bien plus important (50%) que partout ailleurs en Europe centrale et de l’Ouest. Un autre élément marquant de ce travail est que ces 50% de patrimoine mésolithique sont complétés par un flux génique provenant des néolithiques occupant la partie sud de ces zones humides et que cet apport provenait principalement de femmes issues de ces populations, suggérant un mode d’échange génétique et culturel reposant sur une exogamie féminine déjà décrite pour d’autres populations néolithiques d’Europe ainsi que chez les néandertaliens (PALéO#2.7).
Ces deux études et d’autres plus anciennes, montrent non seulement l’existence de populations de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs du mésolithique installés le long des côtes et dans les zones humides au nord, à l’ouest et au sud de l’Europe, mais aussi que ces populations, en tout cas certaines, étaient capables de naviguer sur des distances assez importantes leur permettant de rejoindre de nouveaux rivages. La grande majorité de ces populations disparaissent rapidement du continent à l’arrivée des néolithiques dont la faible proportion de patrimoine génétique hérité des mésolithiques indique l’incorporation de quelques chasseurs-cueilleurs au sein de leurs communautés. L’exemple des zones humides du nord de l’Europe centrale montre que ces populations n’ont pu persister que dans les régions dans lesquelles les néolithiques ne pouvaient pas s’installer faute de pouvoir y implanter facilement leur mode de vie, en raison de la nature des sols ou du climat trop rude, comme au nord de la Scandinavie. Partout ailleurs, l’installation des agriculteurs-éleveurs a sonné le glas des chasseurs-pêcheurs-cueilleurs.
La persistance, voire la résistance, des mésolithiques acculés le long des côtes me fait un peu penser à cette page de garde des albums d’Astérix, de ce village Gaulois résistant à l’inexorable avancée de l’Empire, tout là-haut, tout au nord du littoral d’Armorique. Elle me fait aussi penser à la différence entre les amateurs de campagne et les bord-de-mériens, dont je fais partie bien qu’ayant grandi au milieu des champs, cette catégorie de personnes irrépressiblement attirée par le littoral, par ces paysages aux lumières changeantes, et, bien sûr et avant tout, par cette vaste étendue d’eau si vivante, source d’émerveillement perpétuel… Est-ce que cette profonde différence entre ces deux catégories d’humains actuels nous vient de ces temps reculés, partagés entre mésolithiques des milieux marins, et agriculteurs attachés à leurs champs, de l’héritage d’un variant d’un gène mésolithique responsable de l’attraction exercée par l’air iodée sur certains d’entre nous ?

Légende : à gauche, en haut : grotte de Latnija à Malte (© Huw Groucutt, Max Plank Institute). à gauche, en bas; carte marine d’après l’article de Dylan Gaffney (nature, 2025). à droite : sites mésolithiques et néolithiques du nord de l’Europe centrale dont le patrimoine génétique a été étudié (Olalde I et al., bioRxiv, 2025).
Références:
https://www.inrap.fr/periodes/mesolithique
https://www.nature.com/articles/s41586-025-08780-y
https://www.nature.com/articles/d41586-025-00913-7

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