BRèVE#05: Glaciations et périodes interglaciaires: demandez le programme!

Nous sommes dans l’Holocène, une période interglaciaire qui a débuté il y a 12 000 ans et qui, comme toutes les autres, et par définition, fait suite à une période glaciaire et en précède une autre. Les périodes interglaciaires sont caractérisées par un réchauffement rapide des températures, suivi d’une relative stabilité, le tout sur une période d’environ 15 000 ans. Ce réchauffement du climat provoque la fonte des calottes glaciaires et la montée du niveau des océans. Les températures actuelles sont à peu près similaires à celles de la précédente période interglaciaire – l’Éémien – dont le maximum, plus chaud que les températures actuelles, fut atteint il y a 125 000 ans, avant que le climat ne plonge dans une nouvelle glaciation qui a duré, comme les précédentes, à peu près 100 000 ans. Le niveau des océans était alors beaucoup plus bas qu’à l’heure actuelle, d’environ 120 mètres. La Manche et la mer du Nord n’existait plus. Une grande partie du nord de l’Europe était sous une épaisse couche de glace alors que le reste du continent, très aride, était lui principalement recouvert d’une steppe-toundra, ou steppe à mammouths, que, comme son nom l’indique, les mammouths, mais aussi les rennes et les rhinocéros laineux, parcouraient jusqu’au sud de la France. Ces cycles se répètent ainsi depuis 700 000 ans. Ils seraient dûs à des modifications de l’orbite de la terre s’éloignant du soleil ainsi qu’à des variations de l’activité de ce dernier, les deux phénomènes combinés faisant varier l’intensité des rayonnements arrivant jusqu’à notre planète bleue qui se teinte alors plus ou moins de blanc.

L’activité humaine récente a provoqué la libération massive de gaz à effet de serre piégés depuis des millions d’années dans le sol sous forme de charbon et de pétrole. Cette augmentation du CO2 dans notre atmosphère est responsable de la hausse brutale des températures qui amplifie le processus de réchauffement enclenché il y a 12 000 ans, avec des conséquences sur le climat et notre quotidien qu’on commence seulement à percevoir collectivement. Contrairement à d’autres catastrophes très éloignées dont notre espèce ne sera pas témoin – comme par exemple la mort de notre étoile dans 5 milliards d’années – nous aurons à faire face, dans un futur proche, aux bouleversements liés à ce changement climatique. En effet, lors de mes lectures sur les sites néandertaliens de la baie du Mont Saint-Michel (PALéO#2.9), je me suis rendu compte que lors du précédent maximum interglaciaire de l’Éémien, le niveau de la mer était d’environ 4 mètres au-dessus du niveau actuel. Même si nous arrivions à réduire de façon drastique nos rejets de gaz à effet de serre, cela n’empêchera peut-être pas d’atteindre une hausse similaire du niveau des océans. Si tout se passe comme les fois précédentes, les épreuves que nous aurons à affronter à cause du réchauffement climatique seront suivies par d’autres, sur une échelle de quelques milliers d’années seulement. Après les canicules et la montée des eaux, l’humanité devra ainsi faire face à une baisse rapide des températures accompagnée d’une forte aridité en basculant vers une nouvelle ère glaciaire pour les 100 000 prochaines années, à moins que tout le CO2 que nous avons et allons rejeter ne chamboule l’alternance de ces cycles climatiques… Quel programme!

Au cours de son évolution récente, le genre humain a dû faire face à plusieurs de ces bouleversements climatiques, mais, à ces époques lointaines, il n’y avait que quelques dizaines de milliers d’individus se déplaçant au gré de ces bouleversements pour rejoindre les zones aux températures plus clémentes, ou s’adaptant localement au climat plus rude et aux différentes espèces de gibiers comme l’a fait Néandertal en Eurasie, passant de l’éléphant à défense droite au mammouth laineux (PALéO#2.9). Mais, depuis ces temps anciens du Paléolithique, nous sommes devenus sédentaires (NéO#4), la révolution néolithique doit d’ailleurs beaucoup au réchauffement de l’Holocène. Nous serons 10 milliards d’humains en 2100, nous avons construit la plupart de nos grandes villes au niveau de la mer ou sur les berges de grands fleuves, et nous dépendons d’une agriculture intensive sur des terres qui, pour une grande partie, risquent d’être submergées avant un futur basculement dans une nouvelle période glaciaire qui devrait nous permettre transitoirement de retrouver des températures plus clémentes, les niveaux des mers baisseront en re-découvrant des terres un jour à nouveau cultivables, avant qu’une grande partie du globe ne soit à nouveau recouverte de glace et de toundra… mais sans les mammouths cette fois!

Cycles Glaciaires-Interglaciaires du Pléistocène (Wikipedia)

https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/terre-mystere-cycles-glaciaires-41-000-ans-enfin-resolu-105434/

https://www.aquitaine.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/decouverte-dune-periode-glaciaire-chaude-modifiant-la-cyclicite-climatique-de-la-terre

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/climat-la-prochaine-ere-glaciaire-retardee-a-cause-du-rechauffement_17571

https://trustmyscience.com/fonte-massive-banquise-antarctique-augmentation-niveau-mers-plus-3-metres-durant-eemien

https://cordis.europa.eu/article/id/34734-scientists-question-eemian-period-analogy/fr