PALéO#2.9: Le mammouth: vie, mort et résurrection d’un symbole de la préhistoire!

Le 28/01/2023

Le mammouth est un proboscidien, famille de mammifères à trompe, proche des éléphants actuels, les derniers représentants d’une famille très nombreuse à une époque lointaine. Présents sur tous les continents mis à part l’Océanie, les éléphantidés pourtant très bon nageurs n’ont pas réussit l’exploit de suivre l’homme moderne dans sa traversée vers ce continent à la faune si particulière. Les mammouths faisaient partie d’une branche des proboscidiens « actuellement » disparue, plus proches des éléphants d’Asie que de leur cousin d’Afrique. Les éléphants ne « descendent » pas du mammouth pas plus que l’homme du singe. Et, comme nous, le genre Mammuthus est originaire d’Afrique et en serait « sorti » pour coloniser le reste du monde. Celui dont il est plus particulièrement question dans cette chronique est un des représentants de la famille des mammouths, le mammouth laineux, adapté au climat froid et aux steppes herbeuses, dites steppes à mammouths, qui couvraient une large partie du nord de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique du nord lors des périodes glaciaires (-115 000/-12 000 pour la dernière). Cet animal aux défenses d’ivoire impressionnantes a fasciné bien des générations de scientifiques, d’aventuriers et l’imaginaire populaire, source de nombreuses légendes en Sibérie et ailleurs. Il est devenu le symbole de la préhistoire et de ses chasseurs téméraires, de Neandertal à Cro-Magnon, affrontant le monstre au corps à corps, armés de leurs lances et de leur courage, ou les acculant dans des pièges avant de les achever à coup de pierres. Les hommes (ou les femmes) du Paléolithique supérieur les ont peints ou gravés sur les parois des grottes, sur des objets qu’ils ont façonnés sur leurs défenses… Cet animal, et d’autres proboscidiens, a fait partie du quotidien de nos lointains ancêtres de l’hémisphère nord avant de disparaître, la faute à quoi, à qui? 

Deux grands scientifiques français se sont distingués dans l’étude de ces gros mammifères terrestres, Cuvier et Coppens, à plus de deux cents ans d’intervalle.

Georges Cuvier est le père de l’anatomie comparée et de la paléontologie. Mal considéré en France pour des raisons diverses, c’était en effet un homme très ambitieux au gout immodéré pour les honneurs, il fut victime de la « cancel culture » avant l’heure en raison de ses positions racistes (majoritaires à l’époque) notamment à propos de cette esclave Khoïsan surnommée la « vénus Hottentote » qu’il disséqua à sa mort après une vie passée à être exposée à la curiosité malsaine de ses contemporains. Ce grand scientifique occupa des postes très importants notamment au Muséum d’Histoire Naturelle où il n’a pas eu l’honneur d’y être commémoré par une statue contrairement à Lamarck qu’il méprisait et qu’il ridiculisa lors de son éloge funèbre. Il n’a eu droit qu’à une petite rue insignifiante à son nom, coincée entre les plus horribles façades des bâtiments du campus Jussieu et les murs vieillots délimitant la partie ouest du jardin des plantes et de sa ménagerie. Cuvier était un anatomiste (et un dessinateur) de génie. Il a passé sa vie d’adolescent et de jeune adulte à disséquer les animaux de la faune Normande où il fut précepteur dans une riche famille de Caen avant de « descendre » à Paris aux lendemains de la révolution. Il mit à profit ses travaux d’anatomie comparée et de géologie pour étudier les fossiles dans un contexte stratigraphique (Paléontologie) ce qui lui permis d’émettre l’hypothèse que de nombreuses espèces avaient jadis peuplé la surface de la terre et en avaient disparu, sans doute à la suite d’évènements majeurs (catastrophes) qu’il appela « les révolutions de la surface du globe ». Il fut donc le premier à émettre le concept d’extinction de masse dont nous sommes en train de vivre la sixième édition. Pour en revenir à nos proboscidiens, c’est en analysant des fossiles de « mammouths » des Amériques (éléphant de l’Ohio) qu’il démontra qu’il s’agissait d’une autre espèce que le mammouth de Sibérie qu’il appela alors « mastodonte » en raison de ses dents en forme de mamelons. Il démontra que les mammouths étaient de plus proches parents de l’éléphant d’Asie que de celui d’Afrique dont il fit aussi deux espèces différentes. Malheureusement, Cuvier tira ses conclusions après le baptême officiel de ces deux espèces fossiles, on avait déjà attribué le nom de Mammutidae pour le genre des mastodontes et de Mammuthus aux mammouths!

Comme son illustre prédécesseur au Muséum d’Histoire Naturelle, où il débuta également sa carrière, Yves Coppens a eu une vie scientifique bien remplie. Il fit des découvertes très importantes et émit des hypothèses novatrices quand à l’évolution humaine. Il assuma de très hautes responsabilités et fut couvert d’honneurs auxquels il n’était pas insensible, mais il laissera, lui, le souvenir d’un homme animé d’une profonde humanité comme en a récemment témoigné Jean-Jacques Hublin le jour de son décès. Passionné de préhistoire dès son plus jeune âge, il participa très jeune à des fouilles d’ensembles mégalithiques de sa Bretagne natale (Vannes). Fort de plusieurs publications sur ce sujet qui lui a tenu à cœur tout le long de sa vie – il présidait le comité soutenant la candidature des alignements mégalithique du Morbihan au patrimoine mondial de l’UNESCO – il fut recruté au CNRS à l’âge de 22 ans avant même d’avoir réalisé sa thèse. Alors qu’il voulait poursuivre sa carrière sur l’étude des hommes fossiles, on lui proposa (imposa) de travailler sur les proboscidiens, sujet qui le conduisit déjà vers l’Afrique et l’amena ensuite à reprendre le montage du squelette d’un mammouth laineux qui avait été donné au Muséum au début du siècle dernier et qu’on peut depuis admirer dans la galerie de Paléontologie (ma préférée). Yves Coppens recroisera à plusieurs reprises les mammouths. En Bretagne, j’y reviendrai, en Sibérie, où il fut le directeur scientifique d’une expédition menée par Bernard Buigue pour extirper un spécimen entier du pergélisol Sibérien, et en Afrique, où il identifia lors de ses fouilles du site de Hadar en Éthiopie, le plus ancien représentant du genre Mammuthus, vieux de plus de 3 millions d’années. Ces fouilles dans la hanche de l’Afrique, comme il préférait appeler cette région (corne pour les autres), le rendirent mondialement célèbre, non pas pour sa découverte importante pour la compréhension de l’évolution des proboscidiens, mais pour celle du squelette de Lucy (chronique#2.1). Pour en revenir aux mammouths, Coppens, archéologue qui a passé sa vie à étudier des os plus ou moins bien conservés, raconte dans ses mémoires l’émotion qui le submergea quand il put caresser la toison laineuse d’un mammouth partiellement libérée de sa gangue de sol gelé.

Les rapports entre proboscidiens et notre lignée remontent à très loin. Comme nous, les éléphantidés sont originaires d’Afrique et ont conquis l’ensemble des continents accessibles où ils ont évolué en se diversifiant et en s’adaptant aux différents environnements qu’ils ont rencontrés sur ces territoires ainsi qu’aux changements climatiques. En ce qui concerne l’Europe, j’ai été surpris d’apprendre que de nombreuses espèces différentes y ont vécu pendant une très longue période, il n’y a pas eu que le mammouth laineux dans la vie de nos ancêtres! L’éléphant antique (Palaeoloxodon antiquus), également appelé éléphant à défenses droites, a lui aussi occupé une grande partie de l’Europe pendant les périodes interglaciaires plus clémentes, laissant sa place au mammouth laineux pendant les périodes froides. Ce proche cousin de l’éléphant d’Afrique y fut présent de -800 000 à -100 000 ans. Si vous trouvez le mammouth impressionnant, ce proboscidien imberbe (chronique#2.8) l’était bien plus encore avec une taille de 4 mètres au garrot et ses près de 12 tonnes pour les grands mâles.  Il fut tout autant chassé, ou en tout cas débité avec l’aide d’outils de pierres taillées, par les premiers occupants humains de l’Europe.  En effet, savoir si nos lointains ancêtres étaient capables de chasser ces géants est un point débattu parmi les spécialistes. Certains défendent cette hypothèse alors que d’autres soutiennent que bien avant Neandertal, les premiers Erectus et leurs descendants étaient plutôt adeptes du charronnage, comme les hyènes, se délectant des carcasses abandonnées par les grands prédateurs de l’époque (félins à dents de sabre). Pour les défenseurs de la chasse, en tout cas de l’homme chasseur, bien plus noble vision que celle d’un vil charognard,  le fait que les chimpanzés pratiquent occasionnellement la chasse en groupe serait la preuve d’une activité remontant à notre très lointain ancêtre commun. Les plus anciens représentants du genre Homo auraient donc pu développer des techniques de chasse efficaces même contre ces géants à trompe. Reste qu’à part de rares exemples dans lesquels des pointes de lance on pu être retrouvées dans les carcasses, il est difficile de trouver des preuves de chasse active, de prouver que les animaux dont on retrouve les squelettes ont bien été tués par des humains. L’absence de preuve n’étant pas une preuve d’absence, pas facile de trancher…

Homo erectus aurait été le premier de notre lignée à s’orienter vers un régime alimentaire principalement carnivore ce qui lui aurait fourni l’apport énergétique suffisant pour alimenter la croissance de son cerveau de plus en plus volumineux. Les plus anciennes traces de boucherie – stries laissées par des pierres taillées visibles sur les os – ont été identifiées dans l’est de l’Afrique, une région dans laquelle ont été identifiées les plus anciennes pierres taillées datant de plus de 3 millions d’années (chronique#2.4). Une étude récente a permis d’en découvrir d’autres sur les os d’une carcasse d’hippopotame, découverte tout prêt du lac Victoria. De nombreuses pierres taillées ont été retrouvées près de cette carcasse. Ces premiers outils grossiers étaient utilisés pour découper la viande, racler les os et pour les briser à la recherche de la précieuse moelle ou de cervelle, sources de graisse et d’énergie. Ces études font donc remonter l’usage courant de ces outils et de ces pratiques de boucherie à plus de 2.6 millions d’années. Usage qui aurait peut-être été partagée avec les Paranthropes, hominines archaïques contemporains des Erectus.  Plus tard et plus au nord, des traces de boucherie ont été retrouvées sur des ossements d’éléphants antiques en Israël, en Espagne, en Italie et même en Angleterre. Elles seraient l’œuvre des descendants des premiers colons de l’Europe, Homo heidelbergensis, les ancêtres de Neandertal. Mais encore une fois, avaient-ils développé des techniques de chasse suffisamment efficaces pour mettre à mort ces géants?

On attribue plus facilement des talents de chasseurs de ces grands herbivores à Neandertal. Vous trouverez sur internet, ou vous avez déjà sans doute vu, de très nombreuses illustrations montrant des scènes de chasse au mammouth au corps à corps à l’aide de pieux ou en les précipitant dans pièges, achevant l’animal à coup de pierres. Mais qu’en est il exactement? Neandertal a vécu près de 400 000 ans sur un territoire allant de l’Espagne, où on a retrouvé les plus anciens spécimens, à la Sibérie, où la grotte de Denisova semble marquer la frontière avec le territoire de son cousin asiatique (chroniques#2.3, #2.5). Cette période recouvre trois époques glaciaires au cours desquelles les mammouths laineux ont occupé une vaste zone allant de l’Espagne à l’Amérique du nord, se réfugiant dans les régions les plus septentrionales aux périodes plus clémentes, suivant le recul de la steppe. C’est entre la Normandie et la Bretagne qu’on trouve parmi les plus anciennes évidences de leurs rencontres sur notre territoire. Plus précisément dans ce qui correspond maintenant à la baie du Mont Saint Michel qui était une vaste plaine quand le niveau des océans, et de la Manche en l’occurrence, était bien plus bas qu’aujourd’hui. Neandertal a occupé ce territoire allant du célèbre Mont, en Normandie donc, jusqu’aux îles anglo-normandes. Le site du Rozel, sur la côte ouest du Cotentin, en est un extraordinaire témoignage avec ces près de 3 000 traces de pas qui y ont été conservées depuis 80 000 ans. Ils ont aussi occupés les sites du Mont Dol, mamelon granitique proche de son célébrissime cousin, mais Breton celui là, et celui de La Cotte de Saint-Brélade, une pointe rocheuse abritant une grotte sur la côte sud de Jersey. De nombreux ossements de mammouths y ont été retrouvés, provenant principalement de jeunes individus, peut être plus simple à chasser et à transporter. Ils présentent des traces de fracturation et de boucherie, Neandertal les avait donc consommés. Les avaient-ils chassés?

La preuve que les néandertaliens avaient de vrais talents de chasseurs de ces grosses bêtes est venue récemment d’un site en Allemagne, près de Leipzig, où des milliers d’os d’éléphants à défense droite correspondant à plusieurs dizaines d’individus ont été retrouvés, tous morts au même endroit, il y a 125 000 ans. Ils présentent pour la plupart des marques de découpe… quel festin! Le plus surprenant est que ces ossements appartenaient majoritairement à des individus mâles adultes, de plus de 10 tonnes donc, ils n’ont donc pas pu y être déplacés. Il est donc très vraisemblable que des chasseurs néandertaliens aient délibérément choisi des mâles qui vivaient à l’écart des troupeaux de femelles et de leurs petits, et qu’ils se soient coordonnés pour les rabattre sur les rives de ce qui devait être un lac afin de les piéger dans le sol meuble, les laissant mourir ou les achevant comme dans les illustrations de ces scènes de chasse. Les travaux menés sur ce site indiquent que cette chasse particulière s’est déroulée sur environ trois cents ans, avec une moyenne d’un éléphant tous les 6 ans, et donc sur plusieurs générations. Même si des études indiquent que les proboscidiens ne faisaient pas partie du régime alimentaire quotidien de la plupart des néandertaliens, ils pouvaient s’y attaquer occasionnellement!

Moderne, le successeur de Neandertal, arriva en nombre en Europe il y a environ 45 000 ans, après y avoir fait de brèves incursions pour atteindre la vallée du Rhône 10 000 ans plus tôt (chronique#2.3, BRèVE#04). Sorti d’Afrique depuis un certain temps, il gardait peut-être le souvenir collectif des éléphants. Quoiqu’il en soit, il fut confronté à leurs cousins velus encore présents pendant cette dernière période glaciaire qui se termina il y a 12 000 ans. Le Mammouth occupa une place importante dans la vie de ces humains confrontés aux régions froides où ils apprirent rapidement à survivre avant de les coloniser (chronique#2.8). Il joua aussi un rôle important dans l’histoire de la préhistoire. Il fut en effet un temps où l’existence d’humains antédiluviens faisait débat, des discussions suscitées en partie par la découverte des premiers spécimens néandertaliens au milieu du XIXème siècle… Ces formes archaïques étaient-elles réellement humaines, quand avaient-elles peuplé l’Europe ? Des humains avaient-ils existé en même temps que ces créatures disparues? La découverte d’ossements humains dans les mêmes strates que celles de ces monstres du passé l’avait suggéré mais c’est la découverte de gravures représentant des mammouths et surtout celle réalisée sur une de leur défense (mammouth de la Madeleine) qui ont permis d’admettre définitivement qu’il y avait bien eu des humains, pas si archaïques que cela, qui avaient vécu à la même époque que ces proboscidiens. La préhistoire était née. Des humains avaient vécu au temps des mammouths.

Je ne reviendrai pas ici en détail sur un sujet aussi vaste mais les relations entre les humains du Paléolithique supérieur et le mammouth laineux furent riches et complexes. Il figure parmi les espèces représentées dans l’art pariétal avec une précision anatomique parfois impressionnante puisque certains de ces artistes y ont même figuré leur clapet anal, excroissance de peau recouvrant l’anus pour éviter les gelures mal placées. Peu ou pas représenté dans de nombreux sites, c’est l’espèce la plus représentée sur les parois de la grotte de Rouffignac en Dordogne. De l’ouest de l’Europe à la Sibérie, son ivoire a beaucoup été utilisée pour réaliser divers outils, objets (perles de Sungir, chronique#2.4) et œuvres d’art (vénus de Lespugue). Leurs ossements et leurs défenses furent même utilisés pour construire des huttes, comme dans plusieurs sites découverts en Ukraine, permettant sans doute à leurs bâtisseurs de survivre aux températures glaciales pendant la fin de la dernière période glaciaire. Même si ces chasseurs-cueilleurs ont pu récolter les ossements et les défenses sur des carcasses d’animaux morts, comme continuent à le faire leurs lointains descendants de Sibérie partant à la chasse à l’ivoire, ils chassèrent le mammouth et le mastodonte sur un vaste territoire allant de l’Eurasie à l’Amérique du nord jusqu’à la disparition de ces deux espèces.

En sommes-nous la cause directe ou avons nous seulement donné un coup de pouce (de lance) aux effets des changements climatiques en cours à cette époque? Comme pour toutes les mégafaunes (Océanie, Europe, Amériques) et pour toutes les espèces humaines archaïques (Neandertal, Denisova, floresiensis, luzonensis) la question se pose avec les partisans de notre rôle majeur dans cette hécatombe planétaire et les autres, n’y voyant qu’un rôle secondaire, voir notre innocence, malgré les (multi)récidives évidentes, incriminant les brusques changements de climat. Ces animaux avaient pourtant résisté à toutes les périodes glaciaires et interglaciaires précédentes, quand l’homme moderne n’existait pas encore ou qu’il était toujours cantonné à son territoire originel. Le mastodonte était présent depuis 2 millions d’années avant de disparaître d’Amérique du nord il y a environ 11 000 ans, soit quelques milliers d’années après les premières incursions de Moderne sur ce territoire. La date de disparition du mammouth fait débat. Il aurait disparu de l’Europe de l’ouest il y a 13-14 000 ans et de Sibérie continentale et d’Amérique du Nord il y a un peu plus de 11 000 ans.  Il aurait survécu sur l’ile de Wrangel jusqu’à il y a 4 000 ans, juste avant l’arrivée des humains sur ce territoire dont il avait été protégé par la montée des eaux.

Les îles comme derniers refuges (temporaires) des espèces menacées par l’expansion de l’homme Moderne? J’ai été surpris d’apprendre qu’une des curiosités à ne pas manquer dans les musées de Chypre sont des squelettes de Palaeoloxodon cypriotes, une espèce d’éléphant locale, proche du géant à défenses droites. La particularité de cette espèce était sa très petite taille, 1 mètre et quelques au garrot pour 200 kg contre 4 mètres et plus de 10 tonnes pour son cousin continental. Le nanisme insulaire est un mécanisme évolutif bien connu, une adaptation aux ressources limitées de ces territoires restreints. Chypre n’est pas la seule à avoir hébergé des éléphants nains, différentes espèces ont été retrouvés sur toutes les grandes îles de méditerranée (Sicile, Sardaigne, Malte, Crète). On a même retrouvé en Crête les restes d’une espèce naine de mammouth! Selon certains auteurs, ces éléphants nains seraient à la base du mythe du Cyclope. Leurs crânes massifs présentent en effet un large orifice au milieu de la face correspondant à leur large fosse nasale à la base de la trompe… les restes de géants avec un seul œil au milieu du visage! Sur Chypre, les données archéologiques indiquent que ces éléphants, tout comme les hippopotames nains qui la peuplaient, ont disparu il y a environ 11 000 ans… la faute au climat? Là encore, cette date coïncide avec l’arrivée des premiers colons du Néolithique débarquant du Levant pour occuper cette île vierge de toute présence humaine en y important leurs animaux récemment domestiqués (chronique#3). Je ne peux pas m’empêcher de faire le rapprochement entre cette triste fin de ces éléphants nains de Chypre et celle de certains membres de notre propre espèce. Des fouilles en Asie du sud-est ont permis de découvrir deux espèces d’hominines archaïques, Homo floresiensis et Homo luzonensis, sur les îles de Flores (Indonésie) et Luzon (Philippines). Ces descendants locaux d’Homo erectus étaient de très petite taille (floresiensis a même été surnommé le Hobbit), victimes eux aussi de nanisme insulaire. Après quelques doutes sur la date de leur disparition, il semble que les fossiles les plus récents datent d’au moins 50 000 ans. Sachant que Moderne a atteint l’Australie il y a 50-65 000 ans et qu’il est forcément passé par l’Indonésie pour y arriver…

Tout comme les espèces humaines archaïques, les mammouths et les éléphants peuplaient l’environnement quotidien des premiers représentants de l’homme moderne, en Afrique bien sûr mais aussi sur presque tous les continents.  Il est bien difficile de s’imaginer que les éléphants faisaient pleinement partie de la faune sauvage d’Europe, tout comme l’aurochs, le rhinocéros laineux, le bison, le cheval, et bien d’autres espèces elles aussi disparues… Les éléphants survivent tant bien que mal en Afrique et en Asie, derniers représentants des éléphantidés qui doivent se sentir bien seuls aujourd’hui. Elles sont elles-mêmes menacées de disparition à plus ou moins court terme. Il n’y aurait plus que 50 000 éléphants en Asie et des dizaines de milliers meurent de braconnage en Afrique chaque année où des milliardaires et autres têtes couronnées payent une fortune pour en abattre quelques uns, un hobby qui a contribué à l’abdication de Juan Carlos. Leur population est passée de plusieurs millions à 400 000 en un siècle. A ce rythme-là, nous connaîtrons peut-être de notre vivant un monde sans éléphant sauvage… Malgré cette disparition annoncée, sans que des solutions pérennes ne semblent pouvoir être mises en place, certains ont fait le projet fou de ressusciter le mammouth laineux. Pourquoi? Par défi, pour prouver notre toute puissance techno-biologique? Rêve d’alchimistes apprenti-dieu voulant redonner vie aux espèces disparues comme le milliardaire jovial et naïf de Jurassic Park? L’alibi est que la réintroduction du mammouth pourrait permettre de contrer le réchauffement climatique en ralentissant la fonte du pergélisol et éviter la libération de tout le méthane qu’il renferme. Le but est donc de nous sauver nous, ce qui mérite évidemment plus d’efforts et de moyens que pour sauver une espèce que nos seuls actes menacent de faire disparaître. L’idée de ce projet fou est sans doute initialement venue du fait qu’on peut retrouver des fluides biologiques (sang) dans les mammouths congelés dans le permafrost Sibérien et qu’il serait peut-être possible d’en isoler des cellules exploitables, ou des cellules souches encore réanimables tapies au fond de l’un de leurs organes. En fait, si j’ai bien compris, le projet de la société Colossal pour lequel elle a levé 60 millions de dollars est plutôt de modifier le génome de son plus proche cousin, l’éléphant d’Asie, pour le faire ressembler à celui du mammouth et de transplanter les embryons obtenus dans l’utérus d’une éléphante pour accueillir le futur éléphanteau hybride! Au rythme auquel le climat se réchauffe et de la fonte du pergélisol, de celui auquel les éléphants disparaissent, en sachant qu’il faut attendre 15 ans pour atteindre la maturité sexuelle chez les éléphants et qu’une éléphante ne peut mettre au monde qu’une douzaine de petits dans sa vie, on n’est pas prêt de voir des troupeaux de mammouths patrouiller dans les plaines de Sibérie, la trompe en avant et les oreilles au vent

Mammouths du Mont-Dol (par Mathurin Méheut – Institut de Géologie, Rennes).

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https://www.geo.fr/histoire/venus-hottentote-comment-sarah-baartmann-est-elle-devenue-lun-des-symboles-du-racisme-en-europe-209764

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