J’avais mentionné leur étude publiée l’année dernière dans ma chronique sur Neandertal (PALéO#2.3). Ludovic Slimak et ses collaborateurs y apportaient des éléments en faveur de la présence de l’homme moderne dans le sud de la France il y a 54 000 ans, près de 10 000 ans plus tôt que ce qu’on estimait auparavant, avec des conséquences importantes sur la date de sa première rencontre avec les néandertaliens de l’ouest de l’Europe. Dans ce nouvel article, ils décrivent dans le détail le fruit de leur patiente récolte d’artéfacts dans le sol de la grotte du Mandrin (Drôme) – deviendra-t-elle un jour aussi célèbre que celle de Denisova? – qui a abrité successivement Neandertal, Moderne lors de cette brève incursion dans le sud de la France, puis à nouveau Neandertal jusqu’à sa disparition. Ils y ont découvert plusieurs centaines de pointes de silex taillées, standardisées et de très petite taille (1 cm). Des approches d’archéologie expérimentale leur ont permis de démontrer que ces micro-pointes présentent des cassures caractéristiques de leur utilisation comme pointes de flèches. Elles sont toutes issues de la période correspondant à la présence de Moderne dans cette grotte qui aurait donc maîtrisé l’arc et les flèches en Europe bien avant que ce qu’on pensait jusqu’à la publication de ces travaux. Neandertal, lui, n’aura jamais produit ce type d’outil lithique petit et standardisé. En a t-il eu seulement envie? En était-il capable? A t-il jamais essayé? Il n’aura fait évoluer ses techniques lithiques que sur une brève période (Châtelperronien), juste avant sa disparition, près de 10 000 ans après la fabrication de ces pointes par Moderne sur son territoire. Certains pensent que cette révolution culturelle serait due aux échanges de plus en plus fréquents avec Moderne, le fruit de l’hybridation en cours entre ces deux humanités…


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