le 31/10/2020
Près de 9 000 ans séparent ces deux sculptures! A part un régime draconien pour la plus récente, elles représentent peut-être la même divinité, sans doute la plus ancienne de notre culture, toute droite sortie du Néolithique proche-oriental. On ne sait pas comment s’appelait la plus ancienne. Elle a été retrouvée à Çatal Höyük, la ville la plus ancienne découverte à ce jour, dans le sud-ouest de l’Anatolie (carte#1), la Turquie actuelle; l’écriture n’avait pas encore été inventée.
Certains pensent qu’elle représente la déesse mère de toute vie, à une époque où la majorité des statuettes retrouvées représentaient soit des animaux, soit des femmes aux formes généreuses, bien avant la mise en place des sociétés guerrières testostéronées qui leur succéderont. Cette divinité du Néolithique domine la nature de ses mains posées sur les deux félins qui l’entoure. Elle a sans doute été transmise aux Phrygiens, venus du nord de la Grèce, et qui ont occupé la région où se trouve Çatal Höyük plusieurs millénaires plus tard. Chez les phrygiens, à qui on doit notre bonnet révolutionnaire, symbole de liberté chez les esclaves romains, elle a pris le nom de Cybèle, déesse mère des dieux, transmise aux grecs et aux romains et redécouverte pendant la révolution française… la seconde statue date de 1795.
Le sud de l’Anatolie est le berceau du Néolithique en Eurasie et a vu naître l’agriculture et la domestication de la plupart des espèces que nous continuons à cultiver et à élever, apportées par ces premiers paysans qui ont conquis toute l’Europe… nos liens avec la Turquie sont donc millénaires et bien plus anciens que l’invasion des kébabs et les relations tendues avec le régime d’Erdogan. Les religions et les régimes politiques n’y changeront rien.

Post-scriptum (aout 2021): Lors d’une visite du département des antiquités orientales au Louvre, je suis tombé par hasard sur cette statue de la déesse Narundi qui date du règne du roi Elamite Kutik-Inshushinak (Suse, Iran actuel, 2 100 av JC). Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à celles de Cybèle et de son ancêtre de Çatal Höyük, tout aussi sereinement assise entre deux lions, figurés de chaque côté de son trône.


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