NéO#3: Des souris et des hommes (et des chats).

le 11/11/2020

Les Natoufiens furent les premiers humains à se sédentariser, dans la région du levant (carte#1) où ils trouvaient en abondances des céréales, qu’ils exploitaient sans encore les cultiver. Face à l’abondance, ils développèrent des outils pour les récolter, pour les moudre et aussi pour les stocker, au plus proche de leurs habitations. Ces premiers silos à grain de l’histoire ont très rapidement attiré les souris qui vivaient à l’état sauvage aux alentours. Certaines d’entre elles quittèrent leur habitat naturel et colonisèrent rapidement l’ensemble de ces proto-villages, il y a  plus de 12 000 ans, pour ne plus jamais quitter nos habitations, nos villages, attirées par l’Eldorado que représentaient nos progrès en agriculture. De souris des champs, elles devinrent souris commensales (cum mensa: manger à la même table en latin), n’en dégoute certain(e)s, et prirent le nom savant de Mus musculus domesticus. Certaines en paient maintenant le prix fort, la souris étant devenue notre animal de laboratoire favori.

Ces souris domestiques ont donc suivi la migration vers l’ouest des paysans du Néolithique, débutant leur expansion avec celle de l’agriculture. Elles ont beaucoup voyagé même à travers les mers, à commencer par la Méditerranée. Elles font leur apparition à Chypre en même temps que les premiers agriculteurs débarqués il y a 10 000 ans avec leurs céréales et leurs animaux domestiqués volontairement (chèvres, moutons, cochons)… C’est aussi à Chypre que les archéologues tombent sur un autre animal qui nous accompagne vraisemblablement depuis cette époque, attiré par celle qui était attirée par nos céréales : le chat. Longtemps attribuée aux égyptiens (-2 000 av JC), la domestication du chat est donc bien plus ancienne et ne serait pas de notre fait mais de celui du chat lui-même qui se serait auto-domestiqué en se rapprochant de la source de nourriture inépuisable que représentait la souris domestique. La preuve la plus ancienne de ce rapprochement vient d’une sépulture chypriote dans laquelle un chat a été enterré avec un individu qui pensait sans-doute, comme tant d’autres après lui, être son maître… mais est-on jamais le maître d’un chat? Des études paléogénétiques ont depuis montré que le chat domestique actuel était le descendant du chat sauvage du Moyen-Orient (Felis silvestris lybica) qui avait suivi de près le destin de cette proie facile aux abords des premiers villages. Un de ses descendants directs vit encore à l’état sauvage en Corse. Appelé chat-renard, longtemps considéré comme un mythe local, les analyses génétiques sur les quelques individus capturés ont révélé que ce chat pilleur de poulailler était bien un descendant de Felis silvestris lybica, peut-être arrivé sur l’ile de beauté comme sur Chypre avec les premiers agriculteurs, leur blé et leurs souris commensales.

Depuis que nous nous sommes lancés dans notre aventure mêlant agriculture et urbanisation, nous y avons entrainé toute une série d’animaux qui se sont rapidement agrippés à notre sillage pour profiter de cette manne de nourriture que représentent nos récoltes et nos déchets. En plus de ce couple originel formé par ces Mickey et Gros Minet néolithiques, nous avons élargi notre écosystème commensal avec les rats et leurs puces vecteurs de la peste, des oiseaux, comme les moineaux qui se régal(ai)ent de nos miettes sur les terrasses des restaurants, les pigeons anciennement apprivoisés et retournés à la vie « sauvage » urbaine, les mouettes et les goélands suivant les poissons jetés de nos bateaux* et remontant les estuaires, les corbeaux opportunistes pilleurs de nos champs qui prospèrent maintenant dans les centres villes en éventrant nos poubelles. Certains pourraient se dire qu’on se passerait bien de toutes ces espèces qui vivent à nos dépends mais il faut qu’on apprenne à apprécier ces animaux du quotidien qui, au rythme où vont les choses, risquent d’être, à plus ou moins court terme, la seule faune « sauvage » qui nous restera à admirer…

* `When the seagulls follow the trawler, it is because they think sardines will be thrown into the sea’ (E. Cantona, Manchester United, UK)

chat sauvage du moyen orient (Felis silvestris lybica, © EcoView, Fotolia), sépulture sur le site de Shillourokambos à Chypre ou un homme (en haut) a été enterré avec un (son?) chat (Science, 2004),