le 08/11/2020
Il y a environ 15 000 ans (frise#1), ceux que l’on appelle maintenant les Natoufiens ont construit les premières maisons permanentes au Levant, une région qui correspond, en allant du nord au sud, aux territoires actuels du Liban et de la Syrie, d’Israël et de la Jordanie, s’étendant de part et d’autre de la faille dite de la mer Morte (carte#1). Ces proto-villages sont les plus anciennes traces de sédentarisation connues. Ils ont été construits par des chasseurs-cueilleurs qui ont commencé à récolter les céréales et les légumineuses qu’ils pouvaient trouver en quantité à l’état sauvage dans cette région, initiant les premiers pas vers l’agriculture.
Cette culture laissera progressivement sa place à d’autres, qui donneront naissance à la grande révolution néolithique au cours de laquelle se mettra en place, pour la première fois, la domestication des plantes (blé, orge, lentilles) et celle des animaux (moutons, chèvres, cochons, vaches). Cette révolution se fera au nord de ce qu’on appelle le croissant fertile, en Haute Mésopotamie (carte#1), sur les bords du Tigre et de l’Euphrate, deux fleuves qui ont donc joué un rôle central dans l’histoire de l’humanité bien avant l’avènement des premières cités-États mésopotamiennes.
C’est aussi sur ces rives de l’Euphrate, au nord de la Syrie, qu’au cours de fouilles préventives réalisées avant la construction d’un barrage a été découvert un site archéologique majeur maintenant englouti sous des mètres d’eau comme d’autres sites célèbres. Ce site de Jerf el Ahmar (-9500/-8700 av. JC; carte#1) est important car il correspond, comme d’autres, à la période de transition entre regroupement de quelques maisons et organisation de villages conséquents qui marque cette période charnière du Néolithique. Les fouilles ont permis de mieux comprendre l’évolution des techniques utilisées pour bâtir ces maisons et de se rendre compte à quel point celles des villages actuels voisins ressemblent aux plus récentes du site Néolithique.
Les fouilles du site de Jerf el Ahmar ont également permis d’observer une autre transition essentielle pour le futur développement des cités-États. Les couches les plus anciennes montrent des maisons rondes, similaires à celles des Natoufiens, qui laissent progressivement place à une architecture rectangulaire, identique à celle que nous connaissons encore à l’heure actuelle. La simple mise en place de cette nouvelle architecture angulaire a été un pas essentiel vers l’urbanisation « intensive » car elle a permis d’introduire plus facilement des séparations entre pièces à vivre et utilitaires, de rajouter une extension à un bâtiment existant, de densifier les habitations, de construire des étages et de donner naissance aux rues.
On parle souvent du Néolithique à propos de la naissance de l’agriculture mais ce n’est pas la seule révolution qui nous ait été transmise de cette époque. En plus de la naissance de divinités transmises sur des millénaires (chronique#1), certains dans cette petite région du monde, peut-être une poignée dans un seul village, en sont venus à construire des maisons rectangulaires sans penser que cela allait changer bien plus de choses que leur quotidien.


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